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Les chats du Père Lachaise...

Les chats du Père Lachaise...

C’est lors d’une visite de cet endroit colossal, près de cinquante hectares boisés en plein Paris, que j’ai découvert un phénomène que je n’imaginais pas. Les chats du Père Lachaise… C’est étonnant, je ne suis pas du tout accro aux cimetières, qu’ils soient marins ou marrants (oui, marrants, certaines tombes du Père Lachaise sont à se tordre) mais il m’arrive d’ y aller une ou deux fois par an avec un conférencier, il y a toujours des choses à apprendre, même sur des personnages que je crois connaître par cœur, il y a d’autres anecdotes que j’oublie et qui me redonnent le sourire quand je les retrouve… Et puis c’est très boisé, accidenté, c’est un bon exercice physique et intello, ce qui me sied.  
C’est un joli décor, avec toutefois des parcelles effroyables, comme celle qui a vu ces salauds de « versaillais » fusiller les communards par centaines, y compris les femmes et les enfants.
Cela dit, dans l’ensemble, ce (grand !) coin de Paris est certes plein de morts mais des morts dont la vie est fascinante…
Et puis… cet endroit est aussi plein de vivants.
Les visiteurs bien sûr, le « Père Lach’ » est un « spot » unique au monde, ils sont deux millions par an, mais aussi les chats. J’en avais bien vu quelques-uns comme on en voit partout à Paris quand il n’y a pas de trafic auto, mais l’on m’a assuré ensuite qu’ils sont des centaines !
En fait, j’ai croisé le chemin de deux femmes qui transportaient un tel bazar, qui en bavaient comme des Russes dans les escaliers, car chargées comme des baudets, et  je me suis demandé ce qu’elles pouvaient faire là, elles avaient des chariots de course remplis à ras bord !  En fait, elles transportaient de la bouffe pour les chats… Il y en avait pour une armée…
Et c’est très organisé le truc…
Car ces femmes se répartissent les quartiers, où les grands noms enterrés ici servent de repères, on nourrit  « entre Chopin et Molière, jusqu’à Piaf » ça me fait marrer que des gens aussi respectables, adulés au point que leurs tombes soient toujours fleuries ou décorées par des adorateurs inconnus puissent servir de poteaux de signalisation…
Servir à quelque chose après sa mort… Ces chats et ces femmes ont finalement fait plus que les pyramides des pharaons et toutes les religions du monde!
C’est ce qui m’a incité à parler avec ces femmes. Bien entendu, aucune ne connaît les numéros des quartiers, les noms des allées, mais les zones d’intervention, outre les grands noms, sont aussi parfois définies par le nom d’un chat exceptionnel qui y habite, il est grand, il a une couleur pas possible, une star quoi…
Elles se détestent… Et oui, on reproduit ici fidèlement le schéma humain, quand on divise en quartiers, ceux du premier méprisent ceux du second, c’est la base des toutes les bagarres inter-bandes des banlieues, qui tournent au massacre quand il s’agit de pays avec des frontières! Alors la bande à Colette (la tombe de l’écrivaine) ne leur donne pas de viande, celle de Miquette (un chat star disparu il y a vingt ans !) ne vient pas régulièrement, celle de Moriçon (Jim Morrison, des Doors) ne connaît rien aux chats, et pis c’est pas un hasard si Zouzou vient chez nous etc….
Dire que l’homme (la femme en l’occurrence) parvient à intégrer ses propres fantasmes de destruction dans un cadre et une histoire qui devraient en être dispensés !
Bref, une vraie micro-société en plein milieu de Paris, mais j’imagine que c’est la même histoire dans tous les grands cimetières quand il y a des arbres, idem des parcs en bordures de ville.
Pour éviter le surnombre, ces femmes font stériliser certains de leurs protégés, mais ça coûte une fortune et manifestement, je n’ai pas eu affaire à de grandes bourgeoises pleines de thunes…
Surnombre ? En fait, on n’a pas vraiment idée du nombre exact d’animaux dont on s’occupe. Inutile de le demander, tout le monde triche là-dessus.
C’est un aparté, mais cela me rappelle un long séjour (un truc de fous mais génial !) que j’ai fait dans la région de Yokkmokk, en Suède.  Ces femmes du « Père Lach’ » réagissent comme les éleveurs de rennes lapons, qui sont bien incapables de connaître à une dizaine près le nombre d’individus composant leur harde, officiellement le patriarche le sait, il est le seul et c’est probablement faux et on s’en fout puisqu’il est très impoli de demander à un éleveur le nombre de ses animaux.  
En faisant des recherches sur le net, j’ai trouvé un auteur qui a fait le même rapprochement, c’est incroyable qu’à trois mille kilomètres de distance, avec des animaux allant de quelques kilos à Paris jusqu’au large quintal en Laponie, on ait recréé à la foi une civilisation quasi-millénaire  et des codes façon West Side Story…
Voilà, en fait cet endroit est bourré de vie. 

Merci les chats ! 

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16/9/2015

Les chats du Père-Lachaise par Yves Delaporte une contribution à l'ethnozoologie urbaine

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